Accueil Analyses Politique 1968, quand la France s’ennuie sous de Gaulle…

1968, quand la France s’ennuie sous de Gaulle…

 

 

 

Dans un article qui connut un posthume retentissement, Pierre Vianson-Ponte, journaliste au Monde et morose clinicien du corps politique, avait diagnostiqué pour ses lecteurs petits-bourgeois la léthargie (Hugo en parle déjà dans son petit Napoléon !) qui frappait bien ses contemporains. Avec une pathétique ironie il notait sur la politique :

« Les empoignades, les homélies et les apostrophes des hommes politiques de tout bord paraissent, au mieux plutôt comiques, au pire tout à fait inutiles, presque toujours incompréhensibles. Heureusement. »

 

Après le chroniqueur virait à l’excellence sans le savoir :

« La télévision est là pour détourner l’attention vers les vrais problèmes : l’état du compte en banque de Killy, l’encombrement des autoroutes, le tiercé, qui continue d’avoir le dimanche soir priorité sur toutes les antennes de France. »

 

Sans oublier la météo. Tout cela est juste, mais avait déjà été écrit au milieu du dix-neuvième siècle déjà, par un Flaubert, un Goncourt, un Tocqueville ! Sans oublier Théophraste au quatrième siècle avant Jésus-Christ…

Comprenant que le général de Gaulle avait peu à faire dans ce cadre médiocre, sinon du cabotinage métapolitique et grandiloquent, l’éditorialiste poursuivait nûment :

 

« Le général de Gaulle s’ennuie. Il s’était bien juré de ne plus inaugurer les chrysanthèmes et il continue d’aller, officiel et bonhomme, du Salon de l’Agriculture à la Foire de Lyon. Que faire d’autre ? II s’efforce parfois, sans grand succès, de dramatiser la vie quotidienne en s’exagérant à haute voix les dangers extérieurs et les périls intérieurs (…). »

 

Cette histoire de dramatisation des dangers extérieurs est excellente, antisystèmes ! Car on est tout le temps en train de rabâcher le coup de telle crise internationale, du déclin de la France, des grandes invasions ou de la troisième guerre mondiale.

Je citerai en conséquence Antoine-Augustin Cournot, vers 1874 :

 

« Si rien n’arrête la civilisation générale dans sa marche progressive, il doit aussi venir un temps où les nations auront plutôt des gazettes que des histoires ; où le monde civilisé sera pour ainsi dire sorti de la phase historique ; où, à moins de revenir sans cesse sur un passé lointain, il n’y aura plus de matière à mettre en œuvre par des Hume et des Macaulay, non plus que par des Tite-Live ou des Tacite. »

 

Après la Légende des siècles, les Barbie LCI ou les GP de F1… Pierre Vianson-Ponté terminait cruellement :

« Dans une petite France presque réduite à l’hexagone, qui n’est pas vraiment malheureuse, ni vraiment prospère, en paix avec tout le monde, sans grande prise sur les événements mondiaux, l’ardeur et l’imagination sont aussi nécessaires que le bien-être et l’expansion. Ce n’est certes pas facile. L’impératif vaut d’ailleurs pour l’opposition autant que pour le pouvoir. S’il n’est pas satisfait. L’anesthésie risque de provoquer la consomption. Et à la limite, cela s’est vu. Un pays peut aussi périr d’ennui. »

68 déboucha sur le vide (Lipovetsky) et ce texte empreint de sagesse désabusée (Debord) vaut mieux que ce qui en fut dit.

 

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